Le documentaire d'Anne Barth "L'arbre de l'enfance" s'inscrit selon moi dans la même démarche qu'Un fil rouge

Lire la chronique qui revient sur le film et l'échange qui suivit sa projection.

 

Deepak Chapra

Le livre commun du bonheur

Un ami m’a offert, pendant l’été 2004, le livre qu’il venait de lire Les sept lois spirituelles du succès de Deepak CHOPRA (1), médecin américain d’origine indienne internationalement connu … mais dont je n’avais à l’époque jamais entendu parlé. J’ai lu ce livre quelques mois plus tard, soulignant au crayon les phrases importantes, en complément des surlignages en rose et jaune déjà effectués par mon ami. Ce livre m’avait impressionné car il parlait de la vie sous un angle peu habituel pour moi, un mélange de sagesse orientale et de théories scientifiques de l’occident.

 

 J’ai ressenti dernièrement le désir de relire ce livre, et j’ai découvert, grâce à mes précédents griffonnages, que je m’étais ouvert à de nouvelles idées, restées dans l’ombre à la première lecture de ce livre. Aujourd’hui le tiers du livre est surligné. Qui sait ce qu’il en sera dans quelques années. Confucius n’a-t-il pas écrit que le sage est celui qui lit toujours les mêmes textes et y trouve toujours des interprétations nouvelles. Un chapitre était particulièrement resté peu griffonné. Il concerne la cinquième loi du succès, qui est la loi de l’intention et du désir. Cette loi, j’avoue avoir encore des difficultés à me l’approprier, tant elle est loin de ma culture d’origine. Son principe général est pourtant simple. Il se décline en trois temps : 1. Je liste mes désirs et les formule dans le silence de la méditation; 2. Je fais confiance à l’ordinateur cosmique pour répondre dans le futur à mes désirs ; 3. J’accepte le présent tel qu’il est, même s’il ne répond pas à mes désirs. Un élément de cette démarche est d’« abandonner tout attachement aux résultats. De laisser tomber tout idée rigide quant à ce qu’ils devraient être, et d’entrer dans la sagesse de l’incertain. D’apprécier chaque moment de ce voyage qu’est notre vie, et cela même si nous n’en connaissons pas le but » (p. 81). Cela est une vraie difficulté pour moi tant j’ai construit ma vie sur des buts et des résultats attendus. C’est la culture de l’entreprise, de l’action, telle qu’on la définit en occident aujourd’hui. La culture du résultat. Exemple personnel : j’ai eu le désir d’écrire. Je pense que ce désir était sincère, qu’il correspondait à une réelle aspiration, que l’acte d’écrire a eu des effets bénéfiques sur moi : j’ai pris davantage de recul face aux situations que je vis, face à mon passé que j’ai revisité, dépoussiéré, que je me suis réapproprié et qui s’est allégé au passage. Je me suis exprimé, pour moi, et pour mes proches. Je participe à faire circuler des idées. J’ai pris de l’assurance, je me suis éveillé à des sujets, des disciplines qui m’étaient étrangers. Voilà pour la clarification du désir. Un moyen d’atteindre la réalisation de ce désir a consisté à vouloir écrire des chroniques. Ce moyen était habile car il me mettait au défi, il me confrontait à la réalité de ce désir. J’ai écrit une première chronique en précisant que son rythme serait aléatoire. Et puis, rapidement, j’ai voulu prendre un rythme mensuel. Mon objectif, là encore, était louable : me tester sur un rythme mensuel pour vérifier si j’étais « vendable », si je savais écrire « sur commande » pour être publiable, par exemple dans un journal mensuel. J’ai tenu plus ou moins, (plutôt plus que moins) ce rythme depuis plus de trois ans. Ça devrait suffire pour me prouver que je peux le tenir… dans l’éventuelle hypothèse de vendre mes écrits à un hypothétique journal qui serait justement mensuel. Pourtant, je conservais ce rythme. Parfois, je m’obsédais sur ce qu’il allait falloir que j’écrive (trouver un sujet à toutes fins), ou bien je me stressais une fois le sujet écrit pour qu’il parte dans le mois correspondant … pour conserver la parution mensuelle. Je n’écrivais plus pour le seul plaisir d’écrire. Je devenais esclave du résultat que je m’étais intérieurement fixé. C’est tout cela qui montait à ma conscience à la lecture de la cinquième loi de Deepak CHOPRA. Qui me mettait face à mes contradictions. Face à moi-même. C’était le 10 avril dernier. Cette chronique porte la date du mois de mai. Délibérément, je me suis abstenu d’écrire une chronique le mois dernier. Pour sortir de l’ornière dans laquelle je m’étais enlisée : l’obsession du devoir !

 

Je ne parlerai pas aujourd’hui des six autres lois que comportent le livre de Deepak CHOPRA, toutes très facilement appropriables pour qui a le désir de requestionner sa manière d’être et de vivre. Comme il reste encore beaucoup de texte non surligné, j’ai décidé de rendre le livre à l’ami qui me l’avait offert. Pour qu’il le relise et s’approprie encore de nouvelles manières d’être et de vivre. Pour qu’il continue à griffonner sur notre livre commun. Et qu’il me le redonne pour que je continue. Jusqu’à ce que chaque ligne du livre soit surlignée. Pour notre plus grand bonheur.

  

(1) J’ai lu n°470 – Collection Aventure secrète - 1994